Résumé du livre : Tel le fameux tableau de Raphaël, L'école d'Athènes, longtemps une opposition binaire a traversé l'histoire de la philosophie : « tout ce que Platon donne à l'Un, Aristote l'attribue à l'Intellect. » Jusqu'à la Renaissance, l'idée prévalu qu' Aristote avait organisé le « royaume de la pensée » en un système ressemblant à un achèvement, en sorte qu'il ne serait resté de place que pour des gloses ou des retours en arrière.Or, ce retour aurait frappé les disciples de Platon, les néo-platoniciens (III e siècle après JC)Procédant à une sorte de « divinisation » de Platon, ils auraient réorienté la philosophie vers la théologie : avec eux, revenaient sur la scène les dieux grecs anciens accompagnés d'autres venus d'Égypte ou de Chaldée sur une carte se superposant à peu près à celle des conquêtes d'Alexandre. Surtout, la philosophie se complètait de la théurgie, ensemble de pratiques visant à contraindre les dieux à satisfaire les demandes des hommesComment des philosophes pouvaient-ils croire en tout cela sans trahir les exigences de la raisonDevoir choisir la raison ou les dieux, tel fut l'enjeu d'une affaire discrète et longtemps oubliée entre deux philosophes grecs de l'Antiquité tardive, Porphyre et Jamblique. Or elle irrigua bien au-delà de la fermeture de l'école d'Athènes par l'empereur Justinien en 529. Elle traverse de façon souterraine le Moyen Âge, avant de réapparaître au grand jour à la Renaissance. Qu'un problème en quelque sorte typique du monde « païen » n'ait pas tout à fait disparu dix siècles plus tard dans une Europe devenue chrétienne a de quoi surprendre. Pourquoi des artisans de la raison consacrèrent-ils tant de temps à s'occuper du monde des dieux, à se demander si les hommes peuvent solliciter ceux-ci à leur guise, à se disputer au sujet de choses bizarres, étrangères à leurs préoccupations familières, pour tout dire absurdes à nos yeuxPierre Bouretz, à partir de la dispute opposant Porphyre à Jamblique, se livre à une enquête philosophique exemplaire qui nous conduit d'Athènes en Égypte, de Jupiter à Osiris, de Delphes à Orphée, de l'Antiquité tardive à la Renaissance.